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sans transition -

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Quelques semaines après sa rétrospective aux Rencontres internationales de la photographie, et quelques autres avant le début de son exposition à la BnF parisienne, quelques mots sur le travail du photographe américain Jeffrey Silverthorne. Introduction à sa conférence à l’école nationale supérieure de la photographie, janvier 2009.

récemment représenté par trois tirages saisissants en introduction de l’exposition 70’s, le choc de la photographie américaine, le travail de jeffrey silverthorne, peu connu en france jusqu’à sa très récente, juste et retentissante exposition critique, se creuse peu à peu, rétroactivement, une place fondamentale dans l’histoire de la photographie. oscillant sans cesse entre le document, la performance, la mise en scène et plus récemment la photographie dite “plasticienne”, les images de silverthorne constituent autant de rhizomes d’une vaste réflexion autour de la notion de transition.

il aura fallu attendre que le travail de ce photographe et universitaire, né à Hawaï en 1946, soit remarqué l’an passé par le collectionneur et critique lars schwander, directeur du centre de la photographie de copenhague, éditeur et critique d’art danois. ce dernier édita ainsi son premier livre, directions for leaving, en 2007. un exemplaire fut déposé à l’agence parisienne vu’ qui exposa jeffrey presque aussitôt, lors de la dernière édition de paris photo, puis lors des rencontres d’arles de l’an passé, au capitole.

néanmoins, l’oeuvre de jeffrey silverthorne s’amorça il y a plus de trente ans, préfigurant ainsi nombre de courants photographiques contemporains ; ; la traversée de ses images fait ainsi retentir différement les premières photographies de larry clark ou de nan goldin, à l’époque proche de jeffrey. en déambulateur noctambule, distant habitué des clubs de drag-queens rhode island, ou en discret observateur d’hôtels de passe à la frontière mexicaine, silverthorne a paradoxalement construit une oeuvre non pas documentaire, mais littéralement artistique, en mettant à distance l’aspect réaliste de ses images, pour en faire basculer le sens vers l’approfondissement d’une notion-clé.

ainsi est-ce autour de la notion de transition que s’est progressivement construit cette oeuvre, en une dizaine de séries de portraits visuellement très hétérogènes. si le style de silverthorne évoque souvent l’esthétique documentaire américaine classique, c’est surtout les portraits de marginaux de diane arbus que ses images, collectées dans les quartiers pauvres de detroit, dans la froideur bizarre de morgues policières, ou dans des clubs de drag-queens à NYC, évoquent naturellement. les préoccupations de jeffrey sont pourtant loin d’être documentaires : c’est ce qu’il nous expliquait récemment, à propos de sa première série, réalisée en 1971 et intitulée « female impersonators » (qui pourrait être traduit par “incarnations féminines”), et consistant en des photographies de travestis (à ne pas confondre avec des transsexuels) pendant, et après leur transformation :

« J’étais intéressé par le fait que les travestis incarnent souvent des personnages féminins – Bette Davis, Marilyn Monroe, Britney Spear, interrogeant ainsi la notion de stéréotype. Ce dont je n’étais pourtant pas conscient à l’époque, c’est que je travaillais moi-même sur cette notion, en cherchant un style, en me demandant ce que devait être une photographie… Mes images ne sont en aucun cas des images documentaires. Je ne me suis jamais travesti, et je n’ai jamais passé plus de quelques heures avec mes modèles. Aussi, il s’agit seulement pour moi d’un travail artistique qui parle de la notion de transformation, de transition, qui est le thème de chacune de mes séries. Ainsi, dans la série « Missing and Tex-Mex », il y a une transition frontalière littérale ; pour la série « Morgue » j’ai photographié des corps tout juste arrivés dans des chambres froides. Mon but est simple : isoler certains aspects du concept de transition, et travailler avec ces derniers, toujours dans le but d’obtenir une simple photographie de quelqu’un. Pas un portrait – une photographie. »

s’il approfondira sans doute lui-même sa démarche photographique dans cette conférence, il est important d’entrevoir que les grandes dissemblances stylistiques, qui rythment les séries de silverthorne, et en particulier celles qui furent esquissées ces dix-dernières années, sont guidées non par la construction d’un univers visuel cohérent, ni par une l’aboutissement d’un questionnement de la photographie en tant qu’art ou medium… mais par le scrupuleux désir de gagner exactement, par autant de sillages, un objet inaccessible dont jeffrey a fait son point de mire, qui semble aujourd’hui rendu, par cette nuée d’approches belles et pertinentes, presque tangible.

en ce moment, à la BnF, Seventies. Le choc de la photographie américaine, du 29 octobre 2008 au 25 janvier 2009.

Rédigé par dorotheesmith

octobre 5, 2008 à 6:00

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