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aletheia : au-delà du réel

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Exposition “Aletheia, Positions in Contemporary Photographies”
Helsinki City Art Museum

L’exposition principale du Festival de la photographie d’Helsinki actuellement en cours, baptisée Aletheia, propose une série de travaux réalisés par des photographes internationaux sur le thème de….

Eh bien pour le savoir, sans doute nous faudrait-il étudier l’utilisation de ce titre pour le moins interrogeant. Fait étrange, ni au cours du pompeux vernissage (avec embassadeurs, directeurs et présidents en tous genres), ni dans les polycopiés descriptifs distribués aux visiteurs, ne fut justifié l’emploi de cette notion pourtant largement signifiante, particulièrement dans l’histoire de la philosophie de l’art et de l’esthétique. Ainsi était-on invité à lire, sur l’immense cartel introductif de l’exposition, “Aletheia, une exposition sur la représentation du temps et de l’espace, et de ce que l’on sait de l’humain. Les travaux montrés dans cette exposition explorent les fondations de l’existence et de notre réalité sociale“. Fade explication pour un public qui, pourtant érudit, leva la main en nombre a la question posée par le commissaire lors du discours d’inauguration, “Who has never heard the word Aletheia ?” – sondage étrangement non suivi d’explication.

Remettons les pendules à l’heure. Etymologiquement, le mot ἀλήθεια se construit sur la racine “lèthè”, qui signifie “oublié” ou “caché”, accolé à un alpha privatif. Le mot alethèia désigne ainsi la découverte ou le dévoilement, en tant que processus aboutissant à la vérité – vérité comme notion performative, agissant sur un objet non-manifeste en le mettant à jour. Extraordinairement ambigu, ce terme a été utilisé par la théologie chrétienne, puis par Heidegger (alethéia non comme vérité, mais comme tentative de saisie de la vérité), et enfin par Foucault qui en a souligné la polysémie.
En bref, il faudrait alors comprendre que cette exposition tend, ou bien à souligner la fonction “révélatrice” du processus photographique (original…), ou alors à présenter des travaux qui dévoilent quelque chose des “fondations de l’existence et de la réalité sociale”. Dans les deux cas, le contenu de l’exposition semble inadéquat à ces objectifs, et constitue une fois de plus un délit de mauvaise utilisation de titre soit-disant savant, tendance fâcheuse de la photographie contemporaine.
Aussi nous contenterons-nous de chercher la clef de cette pompeuse énigme titulaire du côté du simple jeu de discernement du vrai et du faux, qui rythme l’exposition via une série d’oeuvres hétérogènes et inégales, presque systématiquement digitales. Un fil directeur : avec les manipulations infinies rendues possibles par la digitalisation des images (la propagande soviétique en pouvant cela dit autant dans les années 30), on ne peux attester de la vérité d’aucune oeuvre, ni de la réalité d’aucun de ses sujets. Les artistes ici sélectionnés travaillent donc, d’une manière ou d’une autre, sur cette interrogation du réel au sein de leur travail.

Si les travaux de photographes très à la mode comme Pierre-superstar-Gonnord, ou très classiques comme Michael Wesely (sténopés avec des temps de pose de plusieurs années) et Marja Pirilä (photos à la chambre noire avec un jeu naïf sur l’interieur et l’exterieur) font un peu office d’aberration au sein de cet ensemble d’images très high-tech, ils semblent être les seuls à finalement développer un travail au style visuel singulier. Les autres artistes, travaillant des expérimentations froides, profondément cérébrales, inclinent définitivement la photographie du côté de l’art conceptuel.

Largement mise en avant dans la promotion du festival, la série de la photographe Emily-Jane Major, “Marie-Claire R.I.P.” (2004-2006)  propose une série d’images directement inspirée d’une série, facilement trouvable sur internet, regroupant sur  tous les portraits d’identité d’une junkie réalisés par le FBI au fil des années, révélant sur son visage les ravages de la drogue, de l’alcool et du temps. Les premières images montrent une jeune femme souriante, un peu insolente, et au fil de la série, son visage se dégrade, marqué par l’âge, les cicatrices, la drogue et la tristesse.
Dans une démarche très proche de celle développée par Cindy Sherman, cette série d’Emily-Jane Major, qui se contente de remettre en scène une image “réelle” existante, ne fait qu’interroger l’authenticité du portrait photographique et, bien que les éloges à son propos pleuvent ces jours sur Helsinki, cette série me semble assez froide et inerte. Note personnelle – peut-être mon impression très mitigée sur ce travail est-elle due à la grande fascination que j’avais éprouvée il y a plusieurs années à la découverte de la série originale (et réelle) représentant les photographies successives de cette anonyme. La série d’EJ Major, qui n’apporte à cette première découverte qu’une dimension meta-photographique un peu faiblarde (le jeu sur la véracité du portrait), me laisse relativement de marbre. Les thèmes de la perte de l’identité ou la dégradation physique et morale étaient déjà contenus dans ces images d’origine, et, corroborés par la dimension voyeuriste, les rendaient ainsi d’autant plus fascinantes qu’elles circulaient confidientiellement “sous le manteau” (virtuel).

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que des photographes contemporains s’inspirent d’images glânées sur des sites internet peu recommandables pour créer de nouvelles œuvres, divisant ainsi leur réception auprès du public, souvent extraordinairement positive auprès des béotiens du web, et très désabusée auprès des navigateurs chevronnés de l’underground du worldwideweb. Dans le livre de Matthew Barney, regroupant tous les documents fondateurs et essais autour de sa série Cremaster, on pouvait par exemple trouver des photographies, incluses à titres documentaire, issues du site rotten.com (un site regroupant des images “gores” réelles, à la provenance non signalée comme telles par Barney), ayant très largement influencé l’esthétique de nombre des sculptures constitutrices des différents épisodes de la série.

A noter que la série d’EJ Major était accompagnée par un fond sonore outrageant de facilité, l’ennuyeux clic-clac d’une horloge invisible indiquant le temps qui passe, accentuant ainsi mon grand scepticisme quant à sa série.

Plus ludique et séduisante, la série Imagine Finding Me proposée par la japonaise Chino Otsuka, composée de montages intégrant ses autoportraits récents dans des images de vacances rapportées de son enfance. La photographe se retrouve ainsi posant côte-à-côte avec elle-même enfant. Revisitant comme en touriste son propre passé, intervenant, grande soeur protectrice ou camarade amusé, dans des épisodes de sa propre histoire, corrigeant les solitudes et réinvestissant des épisodes nostalgiques, Otsuka dessine en poésie l’impossible fantasme d’un retour vers un passé doré et brumeux.

Autre série étonnante, The Day Before, s’éloignant encore plus de la photographie, de Renaud-Auguste Dormeuil, déjà aperçue au Palais de Tokyo il y a 3 ans (“5 milliars d’années”), mais ici réhabilitée en clôture de l’exposition. Reconstituant des photographies du ciel tel que l’on pouvait l’observer à la veille de grandes catastrophes (Guernica, Hiroshima, Baghdad en 91, Sarajevo en 94, etc), cette série s’inscrit encore dans ce fantasme de possibilité de réécriture du déjà-vécu.

Rédigé par dorotheesmith

mars 24, 2009 à 2:42

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