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tense territories : circulez, il n’y a…

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Exposition “Tense Territories”
The Finnish Museum of Photography

Autre proposition du Festival de la Photographie d’Helsinki, l’exposition “Tense Territories“, en cours au Musée de la Photographie, perdu dans un quartier industriel enneigé fort séduisant pour les affictionados de la photographie objective. Cette exposition présente, dans une grande salle à la scénographie plus qu’approximative, les travaux de quatre jeunes artistes travaillant sur ‘les relations entre l’individu et son environnement’. Que tirer d’une thématique si profondément originale et astucieuse ?

Première installation de l’exposition, celle de la finlandaise Sini Pelkki. Intitulé “Statue“, elle se compose d’une video de 4 minutes jouée en boucle dans une salle semi-ouverte, et distillant une musique répétitive tintinabuliste non signée qui, malheureusement, imbibera le reste de l’exposition. Constituée d’images fixes se succédant d’une manière saccadée très arty, évoquant à la fois l’oeuvre d’une groupie de Chris Marker et l’effet projectioneuse de Super 8 enrayée, la video présente des images d’une scène finnoise pittoresque (un lac enneigé) par détails, pour se clore sur l’image d’un personnage en position statuaire. Accompagnée d’un texte laborieux sur le caractère jamais-vraiment-naturel de la nature, cette vidéo révèle, étrangement, la confusion souvent observée dans mes promenades au sein de la Taik, éprouvée par nombre d’artistes finlandais à l’égard des paysages qui les entourent. J’ai interrogé quelques élèves de l’Ecole Supérieure d’Art et de Design d’Helsinki, qui m’ont souvent fait part de leurs sentiments partagés à ce propos. A la fois entourés par des paysages lacustres et forestiers, entourés par la mer, presque tous les résidents des grandes villes (Helsinki, Espoo, Vantaa, Tampere, Turku…) disposent d’une résidence secondaire perdue en pleine (vraie fausse) nature. Et pourtant, la sylviculture et les industries métallurgiques faisant vivre une large partie de la population finlandaise, il leur est difficile de pester contre les mesures anti-écologiques appliquées sur l’ensemble du territoire (forêts rasées, industries omniprésentes). Ce sujet à l’intitulé pénible (“Tense territories“) met toutefois en relief cette tension palpable, ce tiraillement malaisé entre la glorification de la nature sans doute héritée du Kalevala (la mythologie épique nationale) et l’art critique environment-friendly, que l’on peut notamment observer chez les membres de la fameuse Ecole d’Helsinki.

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Je passe pour l’heure, pour éviter toute accusation de chauvinisme, sur le travail extrêmement intéressant du français Mohamed Bourouissa, il me semble visible à la galerie des Filles du Calvaire à Paris, et sur celui, peu original et soporifique (ainsi présenté), de l’américaine Carrie Schneider, pour me concentrer avec une infinie stupéfaction sur la série saisissante, d’une nullité absolument totale, de Taneli Eskola, intitulée The Asphalt Gardens. Partant du principe de ville comme lieu du changement perpétuel, Eskola (né en 1958) photographie n’importe quoi (un pigeon, une cabine de téléphone, un tas de neige, une voiture) dans un style carte-postale, parfois en couleurs, parfois dans un noir-et-blanc maniéré, prétendant ainsi “révéler ces lieux devant lesquels on passe sans s’y attacher”. Et pour cause. Après quelques recherches, je m’aperçois qu’Eskola est connu en tant qu’enseignant avant tout. Peut-être y aurait-il là matière à disserter, mais je n’ai pas rencontré suffisamment d’enseignants finlandais pour me lancer dans cette entreprise.

Enfin, quelques mots s’imposent sur la série symptomatique du jeune Sauli Sirviö (né en 1980, vivant à Turku, grande ville la plus proche d’Helsinki), qui, et je m’en excuse, sera sacrifié pour l’exemple – la série qu’il présente étant une sorte d’avatar d’un style foisonnant sur les communautés photographies online : le larryclarkisme mou. Discipline qui étrangement rencontre un succès fulgurant lorsque tous les éléments qui la fondent sont scrupuleusement réunis.

La présentation anonyme du travail de Sirviö introduit cette série comme un journal des jours et nuits ultra-subversifs de ce dernier (comprendre : ne pas aller à l’école et boire de la bière à la place, faire des tags sur les vitres des trains,  manger des hamburgers cochonemment, faire des bras d’honneur avec une casquette à l’envers et escalader des grilles – holala), photographiés “dans un style journal intime” (pour reprendre le dossier de presse). Singeant des postures ayant marqué certaines des plus célèbres photographies du Tulsa de Larry Clark (l’authenticité, la fureur et la classe en moins), juxtaposant dans des formats systématiquement uniques (un polaroïd, un poster, un tirage contre-collé, une série de minuscules tirages, etc) des photos prise comme à l’aveuglette afin de révéler l’urgence de l’instant, la brutalité animale d’un artiste libre et sauvage, photographiant des sujets accentuant leur état d’ivresse (“comme je suis trop bourrééééééé”), cette série exaspère par son conformisme à une esthétique poltronne car balisée, douillette bien qu’elle se veuille gaillarde.

Rédigé par dorotheesmith

mars 24, 2009 à 5:57

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