Tristes ophélies
Aino Kannisto à la Galerie Forsblom
Figure adulée de la photographie contemporaine finlandaise, la photographe Aino Kannisto expose en ce moment, dans la galerie Forsblom d’Helsinki, ses travaux les plus récents. Détail insignifiant, la galerie est située au premier étage d’un immeuble de collection, il faut sonner à une port intimidante pour y pénétrer, qui est située, très précisément, entre deux autres sur lesquels sont respectivement indiquées les mentions “Ambassade d’Haïti” et “Ambassade d’Islande”.
Née en 1973 et diplômée de la TaiK il y a dix ans, la photographe originaire d’Eespo a construit une oeuvre cohérente mais uniforme, qui s’est pourtant rapidement érigée en autorité d’un style photographique local, que l’on pourrait qualifier d’autofiction féminine cafardeuse. Se mettant en scène dans des postures évoquant sommairement la dépression, l’isolation ou l’angoisse, la photographe travaille, de son propre aveu, à représenter des illusions pour parler des émotions.

Tristes pantomimes, à vingt-mille lieues de la mélancolie tragique et radicale de la plus grâcieuse des suicidées (“la femme à la tête dans la cuisinière à gaz” dans l‘Hamletmaschine de Heiner Müller), les transparents ophélies de carnaval d’Anio Kannisto semblent parodier des états d’âmes mélancoliques dans de lourdes mises en scène anecdotiques. Une femme allongée en cadavre sur le ventre, près de son lit ; une autre recroquevillée dans sa baignoire : une troisième perdue dans la pénombre oranger d’une chambre d’hôtel ; autant de clichés de la solitude et de l’introspection féminine, dans des lieux d’intimités matriciels qui confinent les représentations féminines dans des gynécées contemporains (chambre, salle de bains et cuisine, c’est nous et Schmidt !).
Si l’élégante composition des images sauve cette exposition de la plus grande inanité, elle demeure néanmoins, bien loin de la beauté des “peintures” d’Elina Brotherus, et plus encore de la pertinence artistique et sociale du travail de Cindy Sherman, représentative d’une photographie straight et narcissique, qui comme en témoigne cette exposition, heureusement s’essouffle.

http://www.galerieforsblom.com